OFFICE DE LA CHEVALERIE

Extraits du Livre de l’Ordre de la Chevalerie écrit par Raymond LULLE.

Si tu veux, chevalier, beaucoup aimer l’ordre de la chevalerie, il convient de t’efforcer d’avoir la hardiesse du courage et l’espérance contre ceux qui s’opposent à la chevalerie. Et si tu meurs pour maintenir la chevalerie, tu connaîtras la chevalerie en ce que tu peux la mieux aimer, servir et maintenir ; car la chevalerie n’est en aucun lieu aussi bien agrée qu’en la noblesse du courage. Et nul homme ne peut mieux aimer, honorer et posséder la chevalerie que celui qui meurt pour l’honneur et l’ordre de la chevalerie. Il t’est signifié à toi, chevalier, qui a un grand amour de l’ordre de la chevalerie, que, comme la chevalerie, par la noblesse du courage, te fait avoir la hardiesse et te donne le mépris des périls pour que tu puisses l’honorer, la convenance de l’ordre de la chevalerie doit te faire aimer la sagesse et le savoir pour que tu puisses honorer l’ordre de la chevalerie, en luttant, contre le désordre et la défaillance qui sont en ceux qui pensent suivre l’honneur de la chevalerie par la folie et le manque d’entendement. L’office du chevalier est de défendre les veuves, les orphelins et les impotents (les sans pouvoirs, les impotents) ; car comme il est d’usage avec raison que les plus forts aident et défendent les moins forts et que les plus faibles trouvent refuge auprès des plus forts, de même il est d’usage que l’ordre de la chevalerie en ce qu’il est grand, honoré et puissant soit le secours et l’aide de ceux qui sont moins honorés et plus faibles. Et si, au chevalier, Dieu a donné un cœur, c’est pour qu’il soit le réceptacle de la noblesse de son courage ; au chevalier qui a la force et l’honneur, Dieu a donné un cœur pour qu’il ait la pitié et la miséricorde d’aider, de sauver et de garder ceux qui, les yeux en pleurs et le cœur plein d’espoir, implorent les chevaliers de les aider, de les défendre et de leur donner le nécessaire. Donc, le chevalier qui n’a pas les yeux qui se tournent vers les impotents et le cœur qui s’inquiète de ce qui leur est nécessaire n’est ni un vrai chevalier ni n’appartient à l’ordre de la chevalerie ; car tant est haute et noble la chevalerie que tous ceux qui sont usurpateurs et sans courage sont exclus de l’ordre et de son bénéfice. Il convient que le chevalier aime le bien commun, car, par la communauté, est élue la chevalerie, et le bien commun est plus important que le bien particulier. Et au chevalier s’accordent le parler courtois, les beaux vêtements, la possession de belles armes et la tenue d’une grande maison hospitalière, car toutes ces choses sont nécessaires pour honorer la chevalerie. La courtoisie et la chevalerie s’accordent, car la vilenie et les mauvaises paroles sont contre la chevalerie . L’intimité des hommes de bien, la loyauté, la vérité, la hardiesse, la vraie largesse, l’honnêteté, l’humilité, la pitié et les autres choses semblables à celles-ci appartiennent au chevalier ; car comme l’on doit reconnaître à Dieu toute noblesse, ainsi doit-on comparer le chevalier à tout ce dont la chevalerie reçoit d’honneur de ceux qui sont en son ordre.